Depuis qu’entre 2017 et 2022 je vous ai présenté trois douzaines de mélanges TAK, Thomas Darasz s’est professionnalisé. Mes nouveaux achats n’ont plus été livrés en simples ziplocks, mais dans des boîtes de 100g identiques à celles employées par Hans Wiedemann. Quant à la conception graphique, le blender a opté pour un design uniforme pour tous les mélanges.
Sur le site web de Tabak aus Kiel le P 7 Cake figure dans la section naturbelassen. Or, le descriptif précise que les virginias blonds et rouges bien maturés ont été relevés non seulement d’un burley rare mais également d’une fine essence d’arômes naturels. Et ce n’est pas tout : avant d’être pressés, les tabacs sont infusés d’un rhum de 12 ans d’âge. Naturbelassen, vraiment ? Et cette présentation n’a pas fini de m’interloquer. Quand je lis : Quand deux blenders se rencontrent, il va de soi que la création d’un tabac génial s’ensuit. Mais que cette création soit aussi bonne nous a nous-mêmes surpris., je voudrais évidemment savoir qui était le deuxième blender. Pas vous ? Or, son nom n’est pas mentionné.
Maintenant que j’ai appris que je me trouve en la présence d’un mélange génial, il va de soi que je me prépare à vivre une expérience exceptionnelle.
Les morceaux de cake sont brun foncé mais contiennent des marbrures de couleur fauve. Je sens le rhum mais aussi une évidente odeur de chocolat noir, ce qui m’étonne de la part d’un mélange à base de deux virginias dans lequel le burley ne sert que de supplément. Les morceaux de cake s’émiettent facilement, mais qu’est-ce qu’ils sont humides ! Je décide donc de laisser la boîte ouverte pendant une journée. Après une heure ou deux, une insistante odeur de chocolat embaume la pièce. Il est désormais évident que cet arôme est dû à la fameuse fine essence et non pas au burley. Le lendemain il s’avère qu’une journée d’aération est loin d’avoir suffi pour atteindre l’hygrométrie que je souhaite. Je fais tout de même un test, mais ce que je craignais arrive : l’eau se transforme en vapeur, ce qui surchauffe la fumée et la rend agressive. Je laisse donc la boîte ouverte pendant plusieurs jours et de temps en temps je roule le tabac entre mes doigts pour contrôler le degré d’humidité. Le quatrième jour je dois me rendre à l’évidence : bien que les morceaux de cake contiennent moins d’eau, ils ne sont toujours pas suffisamment secs. Il faudra faire avec.
J’avoue que c’est une bien longue introduction avant d’entrer dans le vif du sujet, mais c’est fait exprès. Parce qu’en ce qui concerne le fumage, je n’ai pas grand-chose à dire. Maintenant que le tabac est moins humide, la fumée ne surchauffe plus. Quant aux saveurs produites, c’est très simple : ça goûte le chocolat avec une pointe de rhum. Voilà. Ah oui, il y a également une note piquante pas forcément agréable. Pas de fumée veloutée, pas de complexité, pas de oumph, pas d’évolution. A chaque fumage, je me suis ennuyé à mort et à partir de la deuxième moitié de la boîte, je me suis senti de plus en plus gavé, ce qui fait que j’ai fini par mélanger le dernier tiers de la boîte avec du semois. Le résultat est loin d’être grandiose, mais est tout de même nettement plus intéressant.
Personnellement, je trouve le P 7 Cake médiocre et unidimensionnel. Remarquez que ce n’est pas pour autant un mélange vraiment raté. Après tout, contrairement à tant d’aros populaires, il ne devient pas amer en cours de route et j’admets qu’il n’est pas déséquilibré vu que la bonne dose de sucre est tenue en balance par des acides qui ne mordent pas. Je peux même concevoir que le goût chocolaté du P 7 plaise. Mais de là à le qualifier de mélange génial… Il se peut bien évidemment que je ne dispose ni de l’expérience ni des compétences requises pour reconnaître le génie.
Quoi qu’il en soit, si l’envie d’un tabac aromatisé au chocolat vous prend, je vous conseille le CH Flake de Samuel Gawith. Ce mélange est autrement plus complexe et intéressant. (Font-ils un tabac ? n°25)
Rien à voir avec la ville algérienne. Je suppose que le nom du flake se réfère au fait que le tabac est composé de virginias orange et rouges. Le descriptif concis spécifie en outre que les tabacs proviennent d’Inde et des Etats-Unis, qu’ils subissent une post-fermentation dans la boîte avant d’être mis sur le marché et qu’ils développent une légère note d’agrumes.
Normalement les Hausmarke des commerces de tabac sont meilleur marché que les produits de marque. Or, à €29,90 la boîte, l’Oran Flake est plus cher que les boîtes de 100g de marques allemandes comme Rattray’s, Solani ou HU. Il a intérêt à être bon.
La boîte contient un rouleau de flake aux diverses teintes brunes. Le nez est discret : je sens de la paille, de la croûte de pain et en humant plus longuement un je-ne-sais-quoi qui me rappelle davantage un soupçon d’arôme floral façon Lakeland que l’univers olfactif des agrumes. Cependant, après avoir trituré un morceau de flake qui, cela dit en passant, a un degré d’humidité idéal, je décèle une petite note de bergamote qui n’est pas sans me rappeler le Golden Sliced d’Orlik.
L’allumage terminé je découvre un VA qui me plaît. L’assise est douce mais il y a suffisamment d’acidité pour éviter la lourdeur, la fumée est bien épicée mais sans devenir désagréablement piquante et sur fond d’un goût de foin, elle produit une saveur qui correspond au nez et qui hésite entre la bergamote du Golden Sliced et une fine touche de goût kendalesque. Je note avec plaisir que si la fumée n’est pas particulièrement puissante, elle est bourrée de goût. Par ailleurs, l’Oran Flake a d’autres qualités appréciables : la combustion est tranquille et régulière et les virginias n’ont aucune tendance à mordre.
En cours de route, la chaleur des épices gagne en ampleur alors que le goût initial de bergamote se transforme en saveur citronnée, ce qui fait que la fumée devient à la fois moins ronde et plus banale. Je dois dire que cette évolution, je la regrette.
Selon le site web de TAK, l’Oran Flake serait le vainqueur dans la catégorie virginias de la Nord-Cup, un concours que je ne connais pas. Bien sûr je ne sais pas quels étaient les mélanges concurrents, mais ce résultat m’étonne. Certes, l’Oran Flake est un virginia qui tient la route, mais je ne vois pas ce qui pourrait lui valoir une médaille d’or.
Produit par Kopp Tobaccos et livré comme Hausmischung à plusieurs commerces, le mélange portait le nom de Caramel Flake avant que le législateur européen n’ait interdit tout nom qui se réfère au goût du tabac. Donc plus de Sweet, de Mellow, de Cherry ou de Vanilla. Bref, le KA n’est autre que l’abréviation du mot allemand Karamell.
Le descriptif précise que le flake contient des virginias américains, du dark-fired virginia et du black cavendish fait à partir de VA. Quant au goût de caramel, il ne provient pas d’une top flavour appliquée avant le conditionnement, mais d’un sauçage qui a pour but de mettre en évidence la douceur naturelle du VA et non pas d’altérer le goût du tabac. C’est d’ailleurs pour cette raison que je me suis risqué à acheter ce mélange aromatisé.
Deux rangées de flakes courts de couleur foncée dégagent des odeurs surprenantes : je sens des bonbons aux fruits, une pointe de vanille et un soupçon de réglisse. Pas de caramel. En tout cas, contrairement à ce que m’a promis le descriptif, ça sent l’aro à mille lieues. Je me suis fait avoir.
Souples sans être humides, les petits flakes se plient facilement, ce qui fait que j’opte pour un bourrage au flake entier. Malgré cette méthode, l’allumage se passe sans aucun problème. Le goût fruité, légèrement vanillé et réglissé des premières bouffées correspond parfaitement au nez. Un sauçage qui se bornerait à accentuer la douceur naturelle du VA ? Mon œil ! Je fais donc une petite recherche et voilà que je découvre que le KA Flake ne contient pas uniquement 14,3% de sucre inverti, mais en plus de l’alcool éthylique, du concentré de jus de pomme, de la vanilline, deux formes d’extraits de réglisse et des arômes qui ne sont pas spécifiés. Et tout ça sans aucune volonté d’altérer le goût du tabac !
Remarquez que comme aro, le KA Flake est bien ficelé. Si le mélange est sucré, il n’est pas sirupeux et il est tenu en équilibre par ce qu’il faut d’acidité et par un épicé qui croît en force en cours de route. Bien que la saveur fruitée et vanillée soit toujours présente, elle ne devient jamais caricaturale Et ce qui est vraiment réussi, c’est le fait que la réglisse s’harmonise avec le grillé du dark-fired virginia et du cavendish. De surcroît, le goût est bien défini et assez intense et sans être fort, le KA Flake contient suffisamment de vitamine N. Finalement, il s’avère que la combustion est lente et régulière et que, contrairement à tant d’autres aros, le flake ne produit pas de jus.
Bref, les amateurs de tabacs dopés aux arômes peuvent y aller sans crainte. Par contre, ceux qui se laissent tenter par ce mélange parce qu’ils raffolent de caramel, restent sur leur faim, ce qui est incompréhensible de la part d’un tabac dont le nom et le descriptif leur promettent clairement un goût de caramel.
Bien sûr ce tabac ne correspond pas du tout à mes attentes. Je me sens donc dupe parce que je ne l’aurais jamais acheté si le texte du descriptif avait été conforme à la réalité. Comme j’admets que c’est un aro bien balancé, je m’en suis tout de même bourré une pipe de temps à autre. Le résultat est toujours pareil : au début j’arrive à prendre un certain plaisir, mais à partir de la deuxième moitié du bol, je me sens écœuré au point de ne pas terminer ma pipe. On ne me changera plus. Je reste convaincu que si l’on a envie de caramel, de réglisse ou de saveurs de bonbons aux fruits, il faut manger des friandises et non pas fumer du tabac.