Font-ils un tabac ? n°161

par Erwin Van Hove

31/08/26

Pfeifendepot, The Bad

Pfeifendepot The BadFin 2024 Pfeifendepot a fêté son 125ième anniversaire. A cette occasion Franz Fleischmann, le successeur de Gerd Jansen, a sorti l’obligatoire mélange commémoratif, le 125 Years Jubilee, mais également un trio de nouveaux blends : The Good, The Bad et The Ugly. The Good contenant du cavendish arrosé d’une sauce fruitée et The Ugly étant un latakia blend rehaussé aux arômes de figue et d’anis, seul The Bad m’a suffisamment attiré pour appuyer sur le bouton achat. C’est une mixture de trois virginias (Carolina dark et red et Zimbabwe golden), de kentucky et de 10% de perique. Aux dires de Fleischmann, ce serait un VA/perique frais et rustique, de force moyenne mais avec un goût intense.

En ouvrant la boîte, je découvre un amalgame de coupes. Je vois des ribbons, du ready rubbed, du broken flake et de larges morceaux de feuilles. Il est clair que le blender a cherché la complexité. Le nez est agréable et classique : le VA/perique dégage des arômes légèrement fruités et une note de moisi. En humant plus longuement je sens également le grillé du kentucky. Plus tard, le fruit disparaît. Reste alors une odeur discrète et peu distinctive qui forme cependant un tout cohérent.

Pfeifendepot The Bad

Mes premiers essais se sont avérés plutôt décevants parce que le goût ne correspondait pas à mes attentes. Ce VA/perique ne développe ni des saveurs de fruits secs, ni un viril goût poivré. En fait je ne voyais pas très bien quel était l’apport gustatif du perique. Puis, au fur et à mesure de mes fumages, j’ai commencé à apprécier davantage ce que je goûtais et j’ai même fini par affectionner ce blend.

Pour en arriver là il m’a fallu oublier que j’étais en train de fumer un VA/perique. En laissant de côté mes a priori, j’ai découvert un mélange plein de mérites. A commencer par la structure : une douceur discrète et une acidité mesurée, un épicé parfaitement maîtrisé, une amertume civilisée et une touche saline. Quant aux saveurs, si elles ne brillent pas par leur personnalité exubérante, elles se distinguent par leur harmonie. Aucun ingrédient ne saute sur le devant de la scène pour attirer l’attention. Au contraire, tous les tabacs collaborent pour nous livrer une fumée goûteuse et remarquablement équilibrée qui ne suscite pas d’analogies alimentaires ou végétales et qui, dès lors, m’est impossible à décrire. Ce n’est donc pas un bon VA/perique. C’est tout simplement du bon tabac. Et monsieur Fleischmann a raison : c’est un tabac rustique. Bizarrement il me rappelle le style franc du collier de certains burley blends de Cornell & Diehl.

Atypique mais réussi.

Synjeco, Alexander

Synjeco AlexanderCette année Synjeco a lancé une nouvelle gamme de tabacs maison. Ce terme est à prendre au pied de la lettre parce que contrairement aux mélanges Synjeco anciens faits à Kendal, les nouveaux ont été composés par Agnieszka, l’épouse de Daniel Schneider. Les boîtes annoncent d’ailleurs fièrement Swiss made.

Sur le site web de Synjeco, les tabacs maison sont présentés en quatre catégories : les latakia mixtures, les virginia mixtures, les aromatic mixtures et les virginia flakes. L’Alexander est classé dans les aros, mais est décrit comme un VA blend classique avec un soupçon de goût de nougat.

Comme je ne suis pas grand fan de la confiserie emblématique de Montélimar, je n’ai que de vagues souvenirs de son odeur et de son goût. En humant le tabac je suis donc incapable de reconnaître des arômes de nougat. Je sens plutôt une odeur qui me rappelle le chocolat au lait et dans le fond une note grillée. Le classic virginia blend contiendrait-il du burley et/ou du cavendish ? En tout cas, je décèle entre les ribbons fauves et bruns ici et là une pointe de noir. Quoi qu’il en soit, ce nez n’est pas sans me déplaire.

Le tabac n’est absolument pas trop humide, ce qui me permet de bourrer sans devoir aérer au préalable. D’ailleurs l’allumage et la combustion se passent sans aucun problème. Dès les premières bouffées je dois admettre que Daniel Schneider a dit vrai : l’aromatisation est en effet fort discrète et ne me gêne nullement. Si je n’étais pas au courant de l’ajout d’un arôme de nougat, je serais à peu près sûr de fumer un VA/burley, vu que je continue à déceler une petite note chocolatée. On est loin des aros sirupeux et mièvres. Au contraire, les sucres se montrent modestes et sont en plus contrebalancés par ce qu’il faut d’épices, d’acidité et d’amertume.

Ceci dit, après quelques minutes de fumage, je me rends tout de même compte que je suis en train de fumer un aro. La fumée est assez monolithique, même si au fur et à mesure l’acidité et le piquant gagnent en ampleur, et le petit goût de chocolat/nougat commence à m’ennuyer. Bref, c’était à prévoir : mon désamour des aros finit par prendre le dessus.

Conclusion : Alexander n’est pas ma tasse de thé. N’empêche que je reconnais que c’est un aro qui n’a rien de caricatural et qui, dans son genre, est bien ficelé. Je conçois donc aisément qu’il puisse satisfaire ceux qui préfèrent des arômes ajoutés à leurs tabacs.

HU Tobacco, Izmir Oriental Cake

HU Tobacco Izmir Oriental CakeLe nom du tabac est clair : c’est un cake, donc une barre pressée densément qu’il faut obligatoirement découper en tranches pour obtenir des flakes. Or, dans sa présentation, Kopp, le producteur du mélange composé par Hans Wiedemann, affirme qu’il s’agit d’un crumble cake, donc d’une barre légèrement pressée, ce qui permet de la défaire aisément à la main afin d’obtenir des brins. Je ne comprendrai jamais ce genre de contradiction. Par ailleurs, je me demande si Kopp livre avec cohérence des produits uniformisés. Alors qu’un membre du forum a raconté qu’il pouvait facilement effriter le cake à la main, moi je me suis rapidement rendu compte que l’emploi du couteau était nettement plus efficace.

Ce cake-ci est ce qu’on appelle double pressed, ce qui signifie que les tabacs employés pour faire le mélange se présentaient déjà sous forme pressée et sont ensuite, une fois que le mélange est fait, mis une seconde fois dans une presse pour les marier. En l’occurrence pendant 12 semaines.

L’Izmir Oriental Cake contient outre les herbes d’Orient du Carolina red virginia, du dark virginia africain et une touche de kentucky et de perique. Je vois divers bruns, de l’aubergine et du fauve, mais fondamentalement ce sont des couleurs sombres qui dominent. Le nez n’est pas expansif, mais assez complexe et difficile à décrire. Il dégage une impression de fraîcheur aux accents légèrement fruités et végétaux. En humant plus longuement, je note également une note d’umami qui me rappelle l’Oxo.

Les tranches découpées se transforment facilement en brins bourrables légèrement humides, mais pas au point de causer des problèmes de combustion. Ma première impression après l’allumage en est une de déception. De la part d’un blend dont le nom se réfère à deux reprises à l’univers des tabacs d’Orient, je m’attends à d’évidentes saveurs orientales, c’est-à-dire des saveurs aromatiques typiques, fascinantes, espiègles avec une incomparable finesse. Il n’en est rien. Franchement, si je devais déguster ce mélange à l’aveugle, il ne me viendrait jamais à l’idée qu’il s’agisse d’un oriental blend.

Pire : même en faisant abstraction du nom du mélange, je ne me sens pas comblé par ce que je goûte. Certes, ce n’est pas que je me sente dégoûté, ni que je juge le mélange vraiment mauvais, mais je trouve que l’Izmir Oriental Cake manque de goût et de personnalité. Je ne retrouve ni le fruité ni le côté végétal, ni l’umami du nez. En plus la structure elle-même se développe en sourdine avec des sucres sobres, des acides frêles, une amertume aérienne et un épicé superficiel. Bref, je trouve la fumée tout simplement ennuyeuse. En vérité on n’est pas loin de la fumée de cigarette.

Ce n’est pas tous les jours qu’on introduit un nouveau mélange aux tabacs d’Orient sans latakia. J’étais donc excité à l’idée de découvrir un blend qui mettrait en avant ces herbes si aromatiques et subtiles sans qu’elles se fondent dans un nuage de saveurs fumées. La déception est donc aussi brutale qu’inattendue vu mon réel respect pour le travail de Hans Wiedemann.