Dégustations

par Bobby Fuente

28/09/26

Davidoff Royalty

Davidoff RoyaltyCe blend anglais mérite-t-il son titre de noblesse ?
"Un mélange anglais classique de force moyenne, composé de Virginias rouges et de tabac Oriental" - c'est en ces termes que le tabac se présente, arborant fièrement son étiquette aux accents dorés.

La date de production initiale du blend est difficile à retrouver. Selon toute vraisemblance, s'agissant de l'un des tabacs classiques de la gamme Davidoff, tout porte à croire qu'il a été mis sur le marché pour la première fois en 1972. Bien entendu, la composition et la méthode de production ont probablement évolué au fil des décennies et des changements de fabricants.

À l'oeil, on remarque une combinaison de brins noirs et fauves, d'une largeur respectable. Le niveau d'humidité semble parfait pour un fumage immédiat.
Au nez, la note la plus évidente est celle du latakia. L'arôme caractéristique de fumé occupe la place d'honneur, mais il n'est pas envahissant; bien vite, on discerne des notes de caramel ainsi que de lointaines notes d'encens.

Je confie donc ce tabac royal à une roturière - une Vauen Classic Billard, ma pipe de confiance réservée aux anglais. Le bourrage effectué, voici venu l'heure de l'exécution. Ici, on ne guillotine pas les têtes couronnées ; on les passe par les flammes.

Les premières bouffées révèlent une belle douceur. Le latakia fait preuve de tendresse et dégage une fumée onctueuse, délicate. Un arôme boisé et légèrement sec s'installe. Les volutes s'élèvent et ma langue claque sur mon palais; de nouveaux arômes se révèlent.

Le latakia fera office de maître d'oeuvre, apportant une profondeur intéressante aux tabacs qui l'accompagnent. Le sucré des virginias devient un caramel discret et légèrement brûlé. Les orientaux se présentent d'abord avec des parfums de fleurs séchées avant de révéler par intermittences des accents d'encens.

Au cours du fumage, les arômes vont et viennent, se combinent puis disparaissent avant de réapparaître quelques instants plus tard. Ce tabac ne mise pas sur une grande complexité ni sur des arômes ébouriffants - il brille davantage par son équilibre et son rythme plaisant, relançant l'intérêt de la dégustation sans cabotiner.

À mesure que la combustion progresse, le boisé du latakia se fait plus sombre et robuste. Il suffit alors d'évacuer un peu de cendres pour réveiller le mélange et retrouver des sensations proches des premières volutes.

Note Finale : 6/10

Le Davidoff Royalty est un mélange élégant, tout en retenue et en équilibre. Sans être remarquablement expressif, il propose une palette aromatique à la fois accessible et changeante, garantissant un moment agréable en sa compagnie.
Alors, est-il le roi ? Sans doute pas. Mais il trouvera aisément sa place à la cour.

Gladora Pesse Canoe - Blue Pearl

Gladora Pesse Canoe - Blue Pearl"Des biscuits au chocolat et une touche de noisette". Comment ne pas avoir l'eau à la bouche ?
Ce que nous promet Gladora, c'est un retour en enfance. Les arômes annoncés convoquent les gourmandises confortables d'un goûter après l'école.

À l'ouverture de la boîte, le spectacle commence. Sous le couvercle, le tabac a revêtu ses habits de lumière : un épais papier dont le bleu pailleté évoque les tenues de soirée et les décors kitschs des jeux télévisés des années 80.
Au nez, une délicieuse odeur de cacao intense se diffuse. Imaginez l'odeur d'un paquet de Van Houten que l'on vient tout juste d'ouvrir. Un sourire barre mon visage.

En soulevant ce luxueux papier, je découvre alors une série de flakes parfaitement rangés, d'un brun clair et homogène rappelant le chocolat au lait. Le tabac ne semble pas particulièrement humide ni collant. Les flakes s'effritent allègrement en brins grossiers - je m'empare alors de ma Missouri Meerschaum Rob Roy, la maïs que je réserve aux aromatiques. Avant de bourrer ma pipe, je hume une nouvelle fois la boîte ouverte.

Tiens ? Le cacao pur semble avoir muté. Voilà que l'odeur du tabac m'évoque davantage le chocolat au lait en poudre, type Nesquik. Ou peut-être est-ce davantage un rappel de ces confiseries américaines, qui n'ont de chocolat que le nom ? Je pense aux Hershey's, aux Reese's... Des produits industriels sucrés, excessifs, régressifs. Nous voilà bien éloignés des petits biscuits faits-maison par mamie.

Avant d'aller plus loin, admettons le point suivant : je ne suis pas amateur d'aromatiques, mais je n'en suis pas moins réceptif aux arômes les plus gourmands, aussi vulgaires soient-ils. Oui, j'aime et je défends la bonne cuisine faite avec le cœur; mais un petit Snickers de temps en temps n'a jamais tué personne. Aussi, je suis prêt à donner leur chance aux aromatiques - un espoir candide me laisse imaginer qu'ils auront peut-être le goût correspondant à l'odeur qu'ils dégagent.

Par ailleurs, ce Gladora Blue Pearl a quelques atouts dans sa manche pour tenter de me convaincre de l'aimer. Fabriqué en Turquie, il est auréolé du charme de l'exotisme. La composition annonce un mélange de Virginias, de Burleys et d'Orientaux. Il est présenté comme un "Oriental Aromatic", ce qui laisse présager quelques combinaisons intéressantes autour du chocolat.

Voilà que le fourneau de ma pipe est rempli. Mise à feu, premières volutes.

Immédiatement, le choc : le tabac est atone.

Je tire quelques bouffées supplémentaires afin d'affirmer ma perception.
Le rêve chocolaté s'est évaporé.
Si je retrouve bien un arôme légèrement sombre, vaguement terreux en fond de bouche, rien ne rappelle les gourmandises de la promesse initiale. Avec application, je tente de moduler l'intensité de mon tirage afin d'aller chercher davantage d'informations. Je tire doucement. Je tire fort. Rien ne change ; le tabac est monolithique et inexpressif. Toujours ce goût sombre et sans caractère défini en fond de bouche.

Pour être brutalement honnête, j'ai l'impression de fumer un tabac à cigarette quelconque.

Des Virginias, je ne retrouve ni le sucre, ni la rondeur, ni les éventuels agrumes.
Des Orientaux, je ne sens ni la dimension florale, ni les épices, ni l'encens capiteux.
Des Burleys, il n'y a que cette sombre note de fond, pénible, inamovible.

Même au nez, la fumée ne porte aucun parfum de chocolat.
Mais qu'en est-il du biscuité ? De la noisette ? Chut, ne posez-pas davantage de questions - vous seriez déçus des réponses.

Vaille que vaille, je poursuis ma dégustation. Ce Gladora est peut-être un introverti qui a besoin de temps pour se révéler.
Que nenni.
Du début à la fin, la dégustation s'avère parfaitement linéaire, sans le moindre relief.
Bon point tout de même: la combustion est aisée. Le rythme de fumage est permissif. La pipe ne glougloute pas et ma langue reste exempte de toute morsure.

Enfin, j'évacue les cendres de ce tabac turc. Confus, je cherche des réponses.
Cette boîte était-elle éventée ? Compte tenu de l'intensité des odeurs à l'ouverture, j'en doute.
Mes sens étaient-ils défaillants ? Probablement pas - ma compagne a fumé le même tabac en ma compagnie, avec les mêmes observations.
Ai-je échoué à trouver la combinaison secrète permettant de révéler les arômes divins de ce Blue Pearl ? Le mystère reste entier.

Mais enfin, comment est-il possible de livrer un tabac aussi rigoureusement plat et uniforme tout en ayant mélangé Virginias, Orientaux, Burleys et arômes ajoutés ? Même par hasard, la dégustation aurait dû être émaillée de quelques sursauts de vie, d'heureux accidents.

Note Finale : 3/10

Le Gladora Pesse Canoe Blue Pearl est un tabac aromatique qui n'échappe pas à la règle : les aromatiques n'ont jamais le goût de ce qu'ils sentent.
Il n'a aucun intérêt pour le fumeur de tabac naturel, et il décevra probablement le fumeur gourmand en quête d'arômes intenses (aussi artificiels soient-ils).
Son seul mérite est de sentir bon dans sa boîte et d'être aussi facile à préparer qu'à fumer.

Reconnaissez que c'est bien maigre.