Cela commence par une méprise. Méprise veut dire “mauvaise prise” et l’on pense trouver un produit alors que c’en est un autre. J’arrivais à la fin de la boite de MOB 46 et les volutes devenaient rares, restreintes par une faible envie de fumer et une charge de travail conséquente. Si certains peuvent fumer dans leur atelier, il m’est difficile de faire de même dans un bureau collectif. Il m’est d’ailleurs difficile également de le faire chez moi car je suis tellement absorbé par mon travail et son intensité que la simple interruption pour un bourrage ou rallumage me semble intolérable. Les restaurateurs connaissent cela sous le vocable de “coup de feu” et chez moi, cela prend la forme de “feu d’artillerie roulant” si on en reste dans le registre militaire. Bref, foin de cela, je voulais descendre à la cave pour me réalimenter en herbe avant de partir à un dîner FdP. Me voici en train de farfouiller dans les cartons entre les boites et les bocaux. Je vois un bocal avec un paquet à l’intérieur marquant “Onyx”, tique un peu mais je le prends quand même. Je tique parce que j’ai deux très gros bocaux d’Onyx et je ne vois pas ce qu’il aurait fait dans un petit. Bref, au dîner parisien, j’entame ce tabac.
Ah ! Que c’est bon de revenir au latakia après plusieurs mois de Va. C’est vrai, ce goût fumé m’a manqué. On pourrait se moquer de moi en me disant que je suis stupide de dire ces propos en ayant plein de bocaux d’Onyx sous les pieds. Oui, mais voilà, toute boite commencée doit être finie en passant dans de multiples pipes et les 100g de MOB 46 ont mis un peu de temps à être épuisés. Franchement, en fumant tranquillement ma pipe ce soir-là, au milieu des papotages et des bruits de perceuse, je me disais que l’Onyx était une sacrée p… de référence et que Hans Schürch avait fait un boulot de maître. Mais voilà, deux jours après, je reprends la boite avec son paquet plastique sur lequel était collée une étiquette un peu effacée Onyx, j’ouvre le paquet et, au milieu des herbes, trouve une autre étiquette “H&H Black House”. Là je me suis dis que le HH Black House était une “sacrée p… de référence”, sans même voir ce que la critique en pensait.
Alors une brève recherche sur la tabacothèque de Fumeurs de Pipe donne les avis de Charles, Simon, Erwin et Tobacco Reviews ne tisse que des louanges pour ce blend de Russ Ouelette, lauréat du Chicago Pipe Show de 2011 sur un concours de qui se rapproche le plus du Balkan Sobranie 759. Tout à été dit et rien de ce qui a été écrit par des prédécesseurs ne doit être retiré. Finalement, je ne ferai que du verbiage pléonastique.
De ce goût fumé revient instantanément le goût de la rêverie inhérente à l’art de fumer la pipe. On peut s’extasier sur les compositions, les vieillissements, la maturation. Au bout du bout, la pipe ne sert qu’à procurer le contentement de l'âme en offrant une séquence contemplative aux ondulations de la fumée et ce sont ces ondulations qui emmènent l'âme du fumeur dans des contrées extatiques. La fumée ne sert qu’à cela car, si elle n’était point là, comment verrions-nous les ondulations, les circonvolutions, les nuées et les brouillards. Nous n’aurions que les artistes pour suivre les tours et les contours de ces brumes.

Revenons sur Le Hearth & Home Black House, et en l’espèce, revenons-y plusieurs mois après avoir terminé la boîte alors même que je n’arrivais pas à terminer ce papier. Pourquoi y revenir d’ailleurs puisque ce tabac est fondamentalement bon ? Je n’ai pas à justifier pourquoi il est bon, donner les raisons XYZ de l’avis et d’ailleurs avis dont le poids est aussi résistant qu’une plume de duvet dans une tempête bretonne. J’y reviens parce qu’un jour ou l’autre il faudra bien y revenir car le plaisir de la mémoire est tel que le cerveau veut retrouver cet instant plaisir que désormais il attache à ce tabac. C’est un peu l’instant dopamine, le petit pouce au coeur des applis de réseaux sociaux et après connu le shot de nicotine, fort modeste en l’espèce, il faudra sans doute compter sur des shot de dopamine.
Avec regret il a fallu te laisser partir de ma maison et de mon coeur, cher Black House au nom si bien choisi. Alors, oui, j'ai commis une méprise vexatoire en te confondant avec de l’Onyx mais cette comparaison est-elle finalement si grave ? C’est comme on me prenait dans la rue pour Brad Pitt (jeune) ou Ryan Gosling : je n’en tiendrais pas rigueur à l’auteur de la méprise. Il y a pire méprise que cela. Donc, so long my friend, et si tu me quittes, j’espère que tu retrouveras bientôt le chemin de mon foyer et de mon coeur pour dialoguer avec tes longues volutes voluptueuses qui écrivent des mots doux dans ma mémoire.
