À la Pipe du Nord

par Guillaume

18/11/17
A la pipe du nord

Souvenir. J’entre à la Pipe du Nord pour demander le prix d’une BC 4 étoiles. L’endroit est sombre. Un homme assez jeune apparait, il est pâle. Je crois entendre un orgue. Très aimablement, il me renseigne. Je le remercie et sors, en n’osant pas me retourner, de peur de voir sur la façade l’inscription : « Arrête ! c’est ici l’empire de la mort ». Mais c’est juste que je confonds avec les catacombes.

Quelques années plus tard, une jeune femme me contacte pour me demander ce que désirent les fumeurs de pipe, ce qui leur manque. La liste est longue, mais elle prend la peine de tout noter, avec une grande patience. Puis le temps passe.

Dans le petit milieu pipier, le bruit court que le propriétaire va revendre son échoppe. Ce qui, même si je n’y suis jamais retourné, est une mauvaise nouvelle, le nombre de magasins parisiens se réduisant à peau de chagrin, ils n’en deviennent que plus précieux. Ce qui suscite un regain d’intérêt, c’est que la boutique restera consacrée à la pipe, et que le repreneur est une repreneuse.

En septembre 2016, après deux mois de travaux devant lesquels même Hercule aurait déclaré forfait, la Pipe du Nord annonce sa réouverture. Pour les visiteurs occasionnels comme pour les habitués, c’est une surprise, voire un petit choc.

L’endroit est aéré, et surtout lumineux. Il y a des fauteuils. Cela invite à s’installer, pour profiter du paysage. Mais au début, il est difficile de ne pas passer d’un rayon à l’autre. Des pipes en terre. Des écumes. Des anciennes, des nouvelles. Des bruyères en veux-tu en voilà. Une vitrine Dunhill. Beaucoup, beaucoup de Dunhill. Il y a même un chien Dunhill qui garde l’entrée. L’air patibulaire – mais au moins il ne bave pas, et il est propre.

Cela donne un aspect un peu hétéroclite à l’endroit, qui ne surprendra pas ceux qui passent sur le boulevard, et s’arrêtent pour admirer la vitrine, plaisante même aux non-fumeurs.

vitrine pipe du nord

Pour le choix des pipes, l’éventail est large : de la pipe de série, Savinelli, Big Ben, Butz-Choquin, Chacom, Peterson, Stanwell et j’en passe, à des artisans comme Morel, Mummert, Nuttens, Dal Fiume, et là aussi je vais en passer. Vous cherchez des briquets ? Briquets il y a. Accessoires pour vos petites chéries ? (je parle de vos pipes). Accessoires il y a aussi. Sacs à pipes ? Dernièrement, Claudio Albieri est parti en oubliant ses bagages. Fume-cigarette, bourre-pipes, filtres, charbons, il y a même des Falcon.

Les magasins de pipes sont particuliers. D’abord, si vous y fumez, personne ne viendra vous balancer sa mauvaise haleine et ses miasmes sous le nez parce que si vous fumez, quand la personne va mourir, ce sera de votre faute. Les gens qu’on y croise sont de bonne tenue. Mais surtout, mine de rien, on en vient à discuter entre clients. Ca peut parfois être assez long – d’où l’intérêt des fauteuils.

Il y a le client débutant, qui demande timidement quelques informations, le fumeur de longue date, qui vous expose sa théorie du fumage, la demoiselle qui cherche une pipe pour son papa qu’elle a toujours vu fumer, mais qui est incapable de vous dire quel genre de modèle il apprécie, tout un petit monde. Le client décidé qui sait très bien quelle forme il veut, quelle marque, quelle teinte. Celui qui hésite. Et celui qui n’est pas décidé. C’est celui-ci surtout qui réclame le plus d’attention. Il faut lui poser des questions, et lui offrir un choix, pas un ultimatum. L’acheteur forcé repart mélancolique. Quand il regarde cette pipe, il est triste. Et il n’y a pas plus triste qu’un fumeur triste. C’est une mauvaise réclame pour les fumeurs, qui ont déjà mauvaise presse.

A savoir qu’en outre, la Pipe du Nord propose un salon-fumoir à l’étage, en haut de l’escalier tournant qui grince, mais ne rompt pas. Les seules photos dont je dispose sont celles des rencontres parisiennes du forum, et vu un certain relâchement, par pudeur, je ne les exposerai pas ici. Mais si vous cherchez un endroit pour vos réunions de fumeurs, il est tout trouvé. On peut également, comme au sous-sol, y déguster une belle variété d’alcools et de whiskys.

Marie-Aurélie Favre organise des régulièrement des rencontres avec des pipiers. Et ceux-ci ne viennent pas les mains vides. Comme nous nous plaignons généralement du manque de choix de nos civettes, il devient moins indispensable de passer les frontières pour baver devant des magasins généreusement achalandés. Du modèle de base au haut de gamme, il y en a pour tous les goûts. D’autre part, vendre des pipes n’est pas forcément une partie de plaisir. Ca n’est pas un commerce assuré, et je sais de quoi je parle. Il me semble donc que le défi est à encourager. Et quand le site du magasin, en cours de réfection lui aussi, sera en ligne, vous pourrez en profiter, mais aussi décider d’y passer un bon moment.




À la Pipe du Nord
21 Boulevard de Magenta
75010 Paris
01 42 08 23 47

pochettes pipe du nord