De pipes en tabacs n°2

par Claude Giroux (Lord Guyrox)

14/08/17

Cornell & Diehl Autumn Evening

Mes débuts comme bouffardeur remontent à mars 1988. Le jour précis, je serais bien en peine de vous le dire. Ce dont je me souviens, c’est d’avoir franchi la porte de la "Tabagie de la Place du marché", à Saint – Jean – sur – Richelieu, afin d’y acheter une pipe sans nom à 10$ ; ainsi qu’une blague de Sail Aromatic bleu, tabac aujourd’hui disparu.

Ne connaissant aucun bouffardeur et les forums étant alors inexistants, j’avançais dans le noir le plus total. Par conséquent, je ne savais pas vraiment quelle pipe, ni quel tabac, me procurer. Ce que je savais, c’était que je ne voulais pas payer trop cher ni pour l’une, ni pour l’autre. Au cas où ça ne me plairait pas, vous comprenez ? L’autre chose que je ne savais pas, c’était qu’une quête avait été lancée lorsque j’ai franchi le pas de cette porte : celle de trouver un tabac aromatique qui me donne satisfaction.

Cette quête allait se transformer au fil du temps en une véritable odyssée. A priori, pour quelqu’un qui n’a jamais rien fumé d’autre avant la pipe, trouver un tabac aromatique qui donne satisfaction est relativement aisé. Pour moi, cela constituait un problème à plusieurs niveaux. Fumeur de cigarettes avant la pipe, mes impressions subissaient l’influence d’une présence, ou non, de nicotine. Aujourd’hui encore, même si je ne fume plus la cigarette depuis quelques années, mes tabacs doivent contenir une bonne dose de Dame Nicotine pour me garder heureux. Dès lors mes choix sont guidés par les niveaux de force suivants : Medium; Medium to Strong; et Strong.

Vous l’aurez compris. Trouver un tabac aromatique qui remplit ce critère n’est pas aisé. Ensuite, si vous ajoutez comme autres critères (eh oui, je ne pouvais pas m’en tirer aussi aisément, que voulez – vous !) : a) que le tabac goûte le tabac ; et b) qu’il ne soit pas imbibé de poly – machin – truc - glycol qui le rende collant, donc infumable, eh bien, c) conclusion : cette quête commence à prendre les allures de l’odyssée d’Ulysse.

Alors. Des blagues non terminées, j’en ai malheureusement jeté beaucoup à la poubelle ; et du fric, j’en ai beaucoup claqué. De mémoire, je vous dresse une liste rapide (et partielle) des candidats rejetés. 1. La gamme complète des maisons suivantes : Alsbo; Captain Black; Troost; Amphora; Sail; Borkum Riff; W.O. Larsen. 2. Les aros des maisons suivantes : Mac Baren; Blatter & Blatter; Brigham; Old Morris et Goodfellas (tabagies de Victoria, Colombie – britannique). 3. Aromatiques divers : une bonne demi – douzaine de Planta; Half & Half; Paladin Black Cherry; une bonne demi - douzaine de Dan Tobacco; Erinmore Mixture; quelques Hearth & Home; Clan Aromatic; Vieux Bruges; Florina; Celtic Talisman de SG; etc.

Malgré tout, c’était devait sans doute être plus fort que moi. Car j’ai tout de même continué malgré tous ces échecs. Pourquoi ? Vas savoir. J’ai, dis–je, continué. Allez, sourire triste : çà ne goûte rien, ce truc. Poubelle. Et continué encore. Hop : re–poubelle.

Éventuellement, j’ai découvert les tabacs de la région du Lakeland. Particulièrement ceux de la maison Gawith & Hoggarth. C’est une petite histoire d’amour avec ces tabacs depuis quelques années. Je vous en reparlerai dans une autre chronique.

Puis, il y a eu l’Autumn Evening de Cornell & Diehl. Longtemps, j’ai passé outre à cause d’un ingrédient : le sirop d’érable. Je ne me souvenais que trop bien, presque 25 ans après, de ce tabac "Rhum et érable", tabac "maison" (fabriqué par Lane) de chez Blatter & Blatter. Les additifs contenus étaient si agressifs et prononcés que les quelques fois où j’avais tenté de le fumer, ma langue se retrouvait gravement violentée. Et, un peu plus tard, il y avait eu cet autre mélange "maison" (toujours fabriqué par Lane et sans doute le même, sous un nom différent) acheté dans une tabagie de Burlington, au Vermont : Vermont Maple, qui avait donné exactement le même résultat.

Vous pensez donc que lorsque j’ai lu que cet ingrédient était inclus dans l’Autumn Evening, je me suis dit : non merci. Pourtant, je suis québécois. Le rapport, vous vous demandez ? Le sirop d’érable est au Québécois ce que la moutarde de Dijon est au Français. Je suis naturellement porté sur le sirop d’érable. J’en achète régulièrement, en fait. C’est génial avec les crêpes du petit déjeuner, ou lorsque ma femme décide de nous préparer des fèves au lard. Ou bien un mince filet versé sur les œufs frits et le jambon, toujours au petit déjeuner. Dans nombre de desserts, également. Mais, dans mon tabac ? Très peu, merci !

Je sais, je sais. Pourquoi ai-je quand même acheté ce tabac ? À cause, ou je devrais plutôt dire, grâce à ces quelques mots : Red Virginia Cavendish. Vous connaissez le Kajun Kake, de la même maison ? Moi, si. Et je l’aime beaucoup. Le Kajun Kake est fabriqué à base de ce Red Viginia Cavendish avec du périque et lui donne un goût à nul autre pareil dans cette famille des virginies et perique. Alors, quand j’ai vu que l’Autumn Evening était fait exclusivement avec ce tabac, je me suis dit : pourquoi pas, on va en acheter une boîte de 2 oz. Puis, ayant tout fumé la boîte sans problème, j’ai fait l’acquisition d’un sac de 16 oz. Eh oui.

Procédons, dans ce cas. Le sac que j’ai reçu date d’octobre 2016. On ne peut vraiment parler de vieillissement, considérant le contenant.

Le nez :

En ouvrant le sac, je suis frappé par un arôme très, mais vraiment, très sucré. Et persistant. Érable, canne à sucre et quelque chose d’autre, semblable à l’érable. Je n’ai pu trouver qu’en lisant des reviews sur Tobacco Reviews. Un type parlait de butterscotch; de caramel écossais. Vraiment ? Allez, on remet le nez dans le sac. Ben oui, c’est ça ! Puis, sous ce méli–mélo très sucré, il y a le Red Virginia Cavendish qui s’affirme : de la terre bien vieillie, sous–bois, champignons, avec un tantinet de profondeur qui pique un peu le nez, sans être vinaigré. Quant au rhum, agrume, sucre, whisky et autres qu’il est censé contenir, je serais bien en peine de les percevoir.

Le tabac :

Autumn Evening est un tabac de couleur brun foncé et moyen. La coupe est de type Ribbon–Cut et relativement uniforme. Elle est généralement plutôt courte avec un petit tiers de coupe longue. Il s’avère donc extrêmement facile à préparer pour le bourrage puisqu’il ne requiert aucune préparation supplémentaire. De plus, l’hygrométrie est parfaite. En la pinçant sous les doigts, la petite boule se défait en l’espace de quelques secondes. C’est excellent !

Le fumage :

Puisque c’est un aromatique, j’ai une approche particulière pour le bourrage : je laisse tomber de toutes petites pincées jusqu’à ce que le foyer soit bien empli. Je tasse juste un peu et remet une petite pincée ou deux ; puis tasse à nouveau, doucement. Sans plus afin que le tabac ne produise pas un surplus d’humidité lors du fumage. Une fois allumé, l’érable et le caramel écossais se partagent le podium. Ils laissent tout de même place au Red Virginia Cavendish qui diffuse son goût prononcé de terre et de sous-bois. Étonnamment, ces deux contraires s’harmonisent très bien ensemble. À partir du second tiers, tandis que l’érable et le caramel écossais s’atténuent un peu, la canne à sucre saute dans la mêlée tandis que la terre et le sous-bois deviennent plus perceptibles. Une acidité se fait sentir à l’occasion, sans toutefois perturber mes papilles gustatives. Au dernier tiers, c’est la bonne vieille terre du Red Virginia Cavendish, les champignons et une sortie occasionnelle de la canne à sucre. Côté nicotine, ce tabac est parfait; il est médium dans sa force du début à la fin. Autumn Evening, s’il est bourré correctement, se fume sans aucune humidité excessive.

Conclusion :

Que dire, sinon qu’Autumn Evening est le genre de tabac aromatique qui me plaît beaucoup ! Je le considère parfait pour les débuts de journée. Ou, considérant son profil terreux et de sous-bois, je trouve de circonstance de vouloir le fumer les soirs d’automne après une longue promenade en forêt. Il porte bien son nom. Il réunit les critères que je recherche pour ce genre de tabac. Sans compter qu’il se consume extrêmement bien. Sans donner dans la complexité tout au long du fumage, il demeure quand même intéressant. Automn Evening incarne une bête à part dans le monde souvent décevant des aromatiques. Je pense qu’il n’est certainement pas pour les amateurs d’aromatiques traditionnels, du fait de son profil gustatif prononcé de terre et de sous-bois. Çà ne vous empêche pas de vous y essayez, non plus. Pour ceux qui ont testé le Kajun Kake, l’ont aimé et demeurent curieux au sujet des aromatiques, je ne saurais que le conseiller. Et je me permets de le conseiller à ceux qui, fans des mélanges anglais ou virginias, hésitent à frayer dans cette classe de tabac.

Russ Ouellette (RO Series) Fire Storm

Pour la petite histoire, une boîte de ce tabac m’a été offerte en cadeau par un membre d’un forum américain. À sa sortie sur le marché, il avait été décrit comme étant le même tabac que le Hearth & Home Anniversary Kake. Sauf que le contenu de périque avait été amplement augmenté. Pour continuer de le distinguer, Ouellette avait finalement ajouté du Dark-Fired Kentucky. En théorie, on se retrouvait avec une toute autre bête que l’Anniversary Kake.

Ayant testé ce dernier, je dois le confesser : il ne m’avait pas épaté, ce qui allait à contre – courant des éloges soutenus qu’il recevait sur les forums et Tobacco Reviews. Malgré tout, considérant l’augmentation du pourcentage de perique, dont je suis friand, et l’ajout de Dark-Fired Kentucky, que j’apprécie particulièrement (notamment l’Irish Flake de Peterson, le HH Old Dark Fired de Mac Baren et le Sextant de GL Pease), le Fire Storm avait potentiellement tout pour me plaire.

Par contre, mettre la main sur une boîte c’était une toute autre paire de manches. Il m’était simplement inaccessible puisqu’il est vendu par pipesandcigars.com qui ne livre plus à l’étranger depuis environ 2012 ou 2013. J’avais exprimé mon enthousiasme pour ce tabac sur le fil qui y était consacré ainsi que ma déception de ne pouvoir m’en procurer.

À ma grande surprise (et plus grand bonheur), quelques jours plus tard, Andrew, demeurant au Colorado, m’avait envoyé un MP m’offrant de me faire parvenir une boîte, si je voulais toujours l’essayer, of course. Si je voulais toujours ? Tu parles ! Bien entendu, j’avais accepté, à condition de lui faire parvenir quelque chose en retour. Mais Andrew, traduisant cette énorme générosité dont les Américains sont souvent capables de faire preuve, et sachant que je commençais à aimer mes pipes Falcon (étant lui–même amateur), avait joint quelques "bonus" à la boîte de Fire Storm : une tête en écume de mer; une boîte de GL Pease Telegraph; et une blague pour tabac avec le Logo de Pipes and Cigars !

Inutile de le mentionner, m’sieurs - dames : j’étais resté sur le cul face à cet incroyable geste. Comme le disait si bien le grand Elvis Gratton : « Heille, y l’ont–tu l’affaire, les Américains ! »

Sur cette note philosophique, passons à la review, si vous le voulez bien. Ma boîte est datée de mai 2015. Sans connaître la date de mise en boîte, ce Fire Storm a, au minimum, 2 ans et un quart de vieillissement.

Le nez :

Au début, je dirais la première semaine après l’ouverture, le profil olfactif révéla des figues et des raisins secs. Mais, sur les stéroïdes, si je puis dire. J’ai affaire à des figues et raisins secs confits. Donc, dans le hyper–sucré mais ce n’est pas écoeurant du tout. Le tout sent vachement bon ! Rien d’autre au nez tellement la figue et le raisin sec dominent. J’ai beau humer et humer à nouveau; mettre de côté; reprendre quelques heures; voire, quelques jours plus tard : figues et raisins secs confits. Ce n’est qu’après une bonne semaine et demi, presque deux, que les fruits confits s’atténuent pour laisser émerger… un peu de vinaigre. Blanc. Les virginies, bien sûr, se cachent dans la figue, sans aucun doute. Mais impossible, même après un peu plus de deux semaines, de détecter le Dark-Fired Kentucky. Fire Storm dégage aussi un caractère alcoolisé mais, toujours à ce jour, je ne peux identifier de quel alcool il pourrait s’agir. Ce mélange, il faut bien le dire, apparaît un peu réticent à dévoiler toutes ses composantes.

Le tabac :

Plus près du Coarse Cut que du Ribbon Cut, il n’est pas totalement ni l’un, ni l’autre. C’est un mélange des deux parce que les brins de tabac sont plutôt longs. Le Fire Storm offre à l’œil à peu près toutes les variantes du brun existantes, du brun très clair, quasi doré, au brun foncé; et du chocolat noir. Son profil visuel, en effet, comme la description le mentionnait, est très près du Anniversary Kake, en fin de compte. Niveau hygrométrie, au début, le tabac est trop humide. Et encore aujourd’hui, un peu plus de deux semaines après. Je dois donc le bourrer de manière libérale, sinon, la bonne combustion va foutre le camp.

Le fumage :

Avant de vous livrer mes impressions, je reproduis la description que Russ Ouellette en fait, sur le site pipesandcigars.com :

Fire Storm starts out, as does Anniversary Kake, quite sweet, but the spice shows up shortly thereafter and builds gradually through the end, with a peppery finish.

Fire Storm débute avec un goût très sucré, tout comme l’Anniversary Kake, mais un caractère épicé se manifeste peu de temps après, s’intensifiant jusqu’à la fin, sur une note finale poivrée."

Alors, vous vous demandez ? Il a tout bon, le Ouellette, ou pas ? Je dirais que oui. Et je dirais que non. Le niveau d’hygrométrie, qui demeure trop élevé, fausse mes impressions gustatives. Oui, c’est indéniable, le Fire Storm débute avec une note très sucrée. Très plaisante, qui ne semble pas artificielle. Mon soupçon qu’un alcool quelconque a été ajouté vaut toujours. Et, non, ce n’est pas le rhum d’Anniversary Kake. Je peux également confirmer la finale poivrée, sans l’être trop. Cependant, entre les deux, je serais un sacré menteur de vous dire : "Oui, la note épicée surgit peu après et s’intensifie tout au long du fumage". Parce que, malheureusement, je ne parviens pas à identifier quelque note épicée que ce soit. Fire Storm débute avec un profil très sucré qui s’atténue légèrement en cours de route pour céder la place durant le dernier tiers au profil poivré. Je vous entends vous exclamer : "Voilà, il est là, cet épicé !" Certes. Sauf qu’il est dans la finale, et ce n’est pas l’épicé–fumé typique du Dark-Fired Kentucky mais du perique. Je me demande, finalement, si du Dark-Fired Kentucky, il y en a seulement, car c’est une saveur qui s’identifie très aisément après y avoir gouté à quelques reprises. La pauvreté en nicotine de ce mélange tend aussi à confirmer un taux vraiment rachitique de ce tabac. La combustion, quant à elle, de par l’hygrométrie trop élevée a provoqué de fréquents rallumages.

Conclusion :

Bon, vous en aurez déduit que je n’ai pas été épaté. Malgré les prétendus changements apportés dans la recette, Fire Storm ne possède pas d’identité propre par rapport à l’Anniversary Kake. Sans compter qu’il manque visiblement de maturité par un choix de feuilles que je juge trop jeunes puisque, plus de deux ans plus tard, l’hygrométrie est non seulement trop élevée mais le mariage des divers tabacs ne s’est pas correctement effectué. Enfin, ce qui semble être l’absence de Dark-Fired Kentucky prévient l’atteinte d’une profondeur et d’un piquant certains dans le profil gustatif. Surtout, une présence suffisante lui aurait conféré une identité propre.

Dunhill My Mixture 965 (production Orlik)

“Les Dunhill, ils étaient bien mieux lorsqu’ils étaient faits par Murray’s !"

Qui de vous n’a jamais lu cette affirmation, en parcourant un fil portant sur les tabacs de la vénérable marque britannique ? Qui de vous, à présent, a pu goûter à la production de Murray’s, et celle d’Orlik ? Votre serviteur a pu le faire. En fait, les Dunhill de la production Murray’s auxquels j’ai goûté le furent durant leur période active de production. Dès lors je les ai testés entre 1998 et 2005.

N’ayant conservé aucune boîte de l’époque Murray’s, si ce n’est une boîte de Royal Yacht offerte il y a quelques années par un compatriote également membre d’un forum américain, je vous le dis dès maintenant : je n’ai pas ouvert une boîte de MM 965 afin de me livrer à une dégustation comparative. Au fond, même si j’en possédais une, je ne l’aurais pas fait puisqu’à mon sens, ce procédé est un non–sens, sans me livrer à un jeu de mots.

Je vous partage mon point de vue sur la question. On peut très bien, si l’envie nous en prend, goûter deux boîtes d’un même tabac fabriqués par le même manufacturier mais mis en boîte à des dates différentes. On peut ainsi apprécier l’évolution que le vieillissement confère au tabac ainsi que les différences gustatives en découlant. Si l’envie nous prend, nous pouvons aussi nous livrer à un test sur un même tabac produit par deux manufacturiers distincts. Ceci afin d’en identifier les différences. Mais, de le faire dans le but de conclure que celui-ci est meilleur que celui–là, je trouve que c’est un peu contre-productif. Il est certes naturel de désirer le faire; sauf qu’il y a des facteurs qui peuvent fausser cette expérimentation. De suite, il existe de bonnes chances qu’un tabac qui a bien vieilli n’en laisse aucune à un tabac récemment mis en boîte. Il existe trop de différences entre les deux. Le papy, c’est certain, a l’avantage. En tout cas, lorsque les boîtes proviennent d’une source sûre, contrairement à mes foutues boîtes de Four Square. Entre deux manufacturiers, trop de conditions diffèrent. L’origine des tabacs, d’abord, n’est pas nécessairement chez le même fournisseur, ni les mêmes, en fait. Si un des tabacs vient à manquer, peut–on le remplacer par un autre qui est très similaire, ou pas. La recette est–elle identique dans les deux cas ou faut–il ajouter un, ou des tabacs auparavant non–existants afin d’égaler le profil gustatif de la production précédente ? Etc.

Une chose demeure certaine. Vous avez bien le droit d’être en désaccord avec ma position et vous livrer à ces comparatifs si çà vous chante. Quant à moi, ce que j’ai l’intention de faire pour cette review, c’est de tester MM 965 de la production Orlik en lui–même.

Tiens, s’agissant des Dunhill par Murray’s, saviez–vous que les fans des Dunhill s’étaient retrouvés excessivement inquiets lorsqu’ils ont appris que Murray’s héritait de la production vers 1981 ? Spécifiquement, ils s’inquiétaient pour leur qualité. Si vous ne le saviez pas, Murray’s n’avait pas la meilleure des réputations, à ce niveau. Je peux, dans les faits, partiellement confirmer cette inquiétude. Par exemple, j’avais acheté 3 boîtes de Royal Yacht, entre 2002 et 2004 (Murray’s a fermé en 2004 si je ne m’abuse). J’avais remarqué une nette inconstance d’une boîte à l’autre quant à la couleur du tabac, le taux de nicotine, l’intensité de l’arôme, ainsi que le goût. Murray’s avait pourtant produit toutes les trois. C’est beaucoup d’inconstance, pour un même tabac, vous ne trouvez pas ? Trois boîtes, et toutes présentant des différences notables. Après ces trois boîtes, j’avais laissé tomber le Royal Yacht car je ne m’y retrouvais plus. J’avais remarqué le même phénomène avec l’Erinmore Flake. Hyper saucé, ou presque pas saucé. Flakes foncés puis, la fois suivante, flakes beaucoup moins foncés. Et chez les Peterson aussi. Tenez, l’Irish Oak ? Dans une boîte, le sherry s’identifiait facilement et était bien perceptible au fumage. Dans une autre, il sentait et goûtait plutôt comme une cigarette. À certains moments, il était plutôt doux, presque fade. À d’autres, la nicotine était tellement élevée qu’il me donnait presque des sueurs.

Voici pourquoi, lorsque j’entends : "Les Dunhill, ils étaient bien mieux lorsqu’ils étaient faits par Murray’s", au–delà des bénéfices évidents d’un bon vieillissement, je me permet de douter. C’est mon expérience. Limitée, certainement, mais mienne. Ce que j’ai remarqué chez Orlik, au contraire, c’est que leurs tabacs présentent globalement une consistance supérieure.

Un commentaire général, avant de passer à la review. La différence majeure qui frappe avant toute chose entre Murray’s et Orlik, c’est la coupe du tabac. Alors que Murray’s employait un Ribbon Cut, qui devenait extrêmement long dans le cas du Elizabethan Mixture, Orlik est plus près du Shag Cut, sans l’être tout à fait. Également, alors que le Royal Yacht et le Three Year Virginia de Murray’s se présentaient sous forme de Broken Flake, chez Orlik, ils ont la même coupe que les autres Mixtures de la marque.

Cette review, donc. Ma boîte est datée de février 2017, lui donnant 5 mois de vieillissement.

Le nez :

Épice des orientaux, pain et pâtisserie des virginies dorés et bronze. Un zeste très discret mais frais de citron ou d’agrumes qui n’est pas du tout acide. Cuir. Il y a bien le fumé du latakia, mais il semble présent en très petites proportions : ce n’est qu’après–coup que je le perçois. Et puis, l’arôme dominant est celui des fruits secs et noix que j’associe au Brown Cavendish. C’est ce dernier qui fait la distinction du MM 965 et qui lui donne ce goût unique, en quelque sorte, parmi les mélanges anglais que je connais. Le nez révèle donc une complexité qui promet. À mon souvenir, le MM 965 de Murray’s avait une dominante de la part du latakia et des virginias. Une note à propos du Brown Cavendish : dérivé de la feuille de burley Green River, si j’en crois Russ Ouellette, il subit le même procédé que le Black Cavendish, mais sans ajouts d’arômes et en utilisant du burley plutôt que le virginie. Le goût, ainsi, ne sera pas identique.

Le tabac :

MM 965 présente la gamme classique des variations de la couleur brune, ainsi que des percées de tabac noir. La coupe, comme je l’ai mentionné plus tôt, est un Ribbon Cut mince, très près du Shag Cut. L’hygrométrie est un peu élevée, mais rien qui ne cause de soucis durant l’allumage ou le fumage.

Le fumage :

MM 965 est quelque peu différent de ce que le nez annonçait. Tandis qu’il ne dégage pas vraiment d’arômes sucrés, dès l’allumage le Brown Cavendish, sucré, s’affirme franchement. Tout en se mêlant avec les épices, la fraîcheur du citron ou des agrumes et le pain grillé des virginies. Le Latakia fait également connaître sa présence puisqu’un peu de fumé se jette dans cette belle danse. Au fur et à mesure de l’avancée, le Brown Cavendish, avec son goût de fruits secs, devient consacré roi. Ses noisettes grillés commencent à percer, à mon plus grand plaisir, alternant avec les épices des orientaux et le fumé du Latakia. Vers la demie, les fruits secs s’estompent ; les épices des orientaux et les noisettes du Brown Cavendish mènent. Le dernier tiers, enfin, voit le Latakia, les orientaux et les virginies régner incontestablement et je goûte maintenant à peine au Brown Cavendish. Grâce à la coupe, la combustion est impeccable. Ma bonne amie Dame Nicotine, qui débute dans la catégorie Medium, n’est pas loin de passer à la catégorie supérieure, Medium to Strong, dans le derniers tiers.

Conclusion :

Je pourrais aisément fumer ce tabac chaque jour sans m’en fatiguer. Malgré qu’il soit classé comme un Scottish Mixture, je ne pense pas que MM 965 en soit tout à fait un ; parce que, comme mentionné plus haut, le Cavendish utilisé n’est ni aromatisé, ni à base de virginias comme ceux utilisés dans ce type de mélanges. Il se rapproche plus du mélange anglais mais, toujours à cause de ce Cavendish, ne l’est pas exactement non plus. Pour vous faire plaisir, les quelques boîtes de Murray’s que j’avais testé les rapprochaient définitivement des anglais traditionnels, puisque le Brown Cavendish se retrouvait beaucoup plus dans la proportion d’un condiment. Je ne le goûtais pas distinctement. J’avais également testé MM 965 en vrac mais le tabac n’avait rien à voir avec la version en boîte. Ce que je peux dire, c’est qu’il est vraiment bon dans la version Orlik, grâce à ce fameux Cavendish. Oui, il est beaucoup plus présent mais il demeure extrêmement bien dosé, surtout si je fais une comparaison avec les Rattray’s tels que l’Accountant Mixture ou l’Ashton Artisan Blend. Dans ceux–ci ses proportions sont tellement élevés qu’ils étouffent le Latakia et les orientaux. Tandis que dans MM 965, même si le Latakia n’est pas vraiment perceptible au nez, il l’est clairement au cours du fumage et laisse les autres tabacs s’exprimer. Çà prend tout de même du doigté.

Bonne pipe,

Claude

Juillet 2017